Un mot sur Nathalie Nabert…

SANCTUAIRE (éd. Ad Solem, 2008)

Une expérience d’encre et d’écriture sur l’espace sacré

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(article de Bernard PERROY paru dans la revue Feu et Lumière, n°287, oct 2009)

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Nathalie et Fleur Nabert, la mère et la fille, ont ensemble réalisé un ouvrage splendide intitulé  “Sanctuaire”. L’une y dépose ses poèmes, l’autre ses encres…

 Ici nous passons de l’exil à la profondeur du sanctuaire, de la nuit ressassée à la nuit bénissante, écrit Nathalie. “Sanctuaire” : un lieu mis à part pour nous retirer des bruits du dehors ou du dedans, pour cheminer vers notre propre sanctuaire intérieur et nous laisser rejoindre, au-delà du visible, par le toucher de Dieu.

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Respirer le silence

 Ce cheminement se fait dans l’espace, du parvis jusqu’au chœur en passant par la nef, et dans le temps, par le déroulement d’une liturgie. Le livre, dont le format épouse celui des encres (27 x 36 cm), suggère par son découpage cette progression, en 15 chapitres et 15 encres aux titres évocateurs : Profondeur de la nef, Luminaires, L’encens, La parole mangée, Les rythmeurs sacrés… Autour du texte, beaucoup de blanc, de marge… Un livre dans lequel on “respire” le silence…

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La Table des profondeurs, encre, 27, 36 cm

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Les encres de Fleur (1) utilisent à la fois la puissance et la sobriété du “noir et blanc”. Dans la “Table des profondeurs” nous sont restituées, en quelques lignes proches de l’abstraction, l’hostie, la patène, la table de l’autel : Là, il se tient, enchemisé dans la nudité des espèces, lueur d’aube et de gratitude. Certitude !

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Toucher l’infini

Ces choses humbles et quotidiennes voilent et dévoilent en même temps le mystère d’une transcendance : certitude de foi dans le corps et le sang du Christ. Le mystère, entouré de blanc, s’élève comme une aube qui s’ouvre au cœur de la nuit. Nathalie avoue être revenue au Christ à 33 ans, lors d’une “messe de rentrée” de sa fille, au cours de l’élévation de l’hostie.

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Par contraste avec les coups “griffés” de la plume, une “végétalisation” de l’encre, semblable à une “douceur d’algues”, entoure la zone blanche comme le parement (2) d’un autel. Entre l’encre et les mots, tout traduit une dimension d’éternité qui dépasse le simple présent : Voici la table des profondeurs, le festin divin, où nous touchons l’infini.

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Le Danseur Galiléen, encre, 27 x 36 cm

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Deux écritures

Les encres de Fleur donnent une atmosphère à la fois ondoyante et dense, par une technique qui demande énormément d’eau. Nous le voyons particulièrement dans “L’eau et le sel” où un homme lève les bras : Terre d’offrande… Entre nos mains nomades, nous te saluons ! L’écriture de Nathalie est “resserrée”, aphoristique, digne d’un René Char qui lui écrivait en 1973 : « La poésie bat dans votre cœur. Gardez-la car elle vous chérit. » (3) Le texte se réfère au monde “fini”, animal, minéral, archéologique (4), mais il est également marqué par un rythme profond, un souffle qui traduit une quête des origines, de l’universel ainsi que de l’indicible…

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L’eau et le sel, encre, 27 x 36 cm

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Bienheureux coup de cœur de la fille pour les textes de sa mère ! (elles travaillent habituellement de façon indépendante) qui nous vaut, en l’objet d’art comme en nos cœurs, une œuvre tout à fait inattendue, à la fois de rencontre et de soif…

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Nathalie Nabert : Née en 1955. Poète et Docteur en langue et littérature médiévale. Doyen honoraire de la Faculté des lettres de l’Institut catholique de Paris. Dirige le Centre de recherche de la spiritualité cartusienne (5)

Fleur Nabert : Née en 1980. Sculpteur et peintre. Études supérieures de Lettres à Henri IV puis en Sorbonne. Aujourd’hui éditrice. Expositions personnelles et commandes (créations, aménagements liturgiques, vitraux…)

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Notes
(1) Sur Fleur Nabert, voir notre article dans F&L n° 255 (nov 2006)
(2) Bande de tissu ouvragé ornant le pourtour de l’autel.
(3) Parmi les œuvres poétiques de Nathalie : Finitude, La Barbacane, 1992, L’hiver ne sera plus dans mon amour, La Barbacane, 2003
(4) L’auteur est passionnée de préhistoire
(5) Spécialiste de la question, l’auteur a écrit plusieurs ouvrages dont Les larmes, la nourriture, le silence, Beauchesne, 2001, Prières cachées des chartreux, Seuil, 2009, Les Moniales chartreuses, Ad Solem, 2009.

Et de façon personnelle, chez Ad Solem : Liturgie intérieure, 2004 (Prix des écrivains croyants), Le maître intérieur, 2006

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article de Bernard PERROY paru dans la revue Feu et Lumière, n°287, oct 2009.

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Parmi ses autres ouvrages, à signaler :

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