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Archive mensuelle de février 2010

Le jardin de verre… de Serge Nouailhat

Chasseur de lumière
Album : Chasseur de lumière
Serge Nouailhat, également peintre et maître verrier, utilise ici la technique du fusing pour ses sculptures de verre où formes et couleurs interpellent notre regard...
16 images
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En passant…

 

petite suite de mots et de verres

 

« Une larme d’azur ivre parmi les treilles« 
Maurice Courant

 

 

fusingsculptures23.jpg

Sculpture de Serge Nouailhat (technique du fusing)

 

*

Crois-tu vraiment

prendre le temps ?…

 

 

Je ne fais que sortir ma lampe

et je ne sais rien d’autre qu’un vent

et ces minuscules fleurs,

dehors,

qui me sourient…

 

Tu ne crois pas

qu’il faudrait reprendre le pas

et partir ?…


J’apprends à poser mon tas de mots

après avoir goûté

ces lentes heures

ou ces colères

ou ces pleurs,


et tout ce qui passe si proche…

si proche…


et qui vient me chanter

au-dedans

sans que je ne sache comment…

 

*

 

portefenetre.jpg

Vitrail d’intérieur de Serge Nouailhat

 

*

Je me promène

et tu le sais,

ma promenade s’arrête

et butine

ça et là


sans ne jamais pouvoir trouver

appui

sur ce qui comble vraiment

au fond de soi…


Accepter

ce mélange d’entente

et de revers,

d’angoisse et d’étonnement,

 

et ce débordement de vie,

malgré tout,

qui me porte debout,

 

alors que je suis incapable

de porter

ce qui est plus vaste en moi

que moi-même…


Vivre à la fois

dans ce langage de feu et de pluie,

dans ce chant premier

et ce mélange de tout ce qui s’acharne

à barrer la simplicité de la route…


Mais la beauté,

ô oui,

de ce tout petit chemin de douanier

qui serpente à loisir

en bordure des falaises !


Et voir au loin

par-dessus l’océan

se lever l’astre

et son lot de lumière…

 

*

 

 

fusingsculptures17.jpg

Sculpture – fusing de Serge Nouailhat

 

*

Garde-moi

dans ton enceinte,

sans quoi,


tu le sais bien,

 

 

il n’est plus rien

que cet îlot

de sueur sanglante


qui pourrait me faire oublier

la flamme aussi

qui monte tremblante du fond

 

de mon coeur…

 

*

 

 

 

fusingsculptures01seuldet.jpg

Sculpture-fusing de Serge Nouailhat

 

à Xavier Grall et Henri Michaux, i.m.

ô paix dans les brisements,

et ce chant de certitude à l’ombre de nos doutes,

bien au-delà de ce qui dort

parmi les ors du jour,


bien au-delà de toutes nos routes

et de tout mot,

de toute mort et de tout bien…

 

 

Ce cri intègre qui monte des épousailles

du sang, de la salive et de la glaise

et de leur lot d’incomplétude,

avec cet espace du ciel,

dedans ou dehors, mal connu,

pressenti comme un suintement de grâce

ou de lumière

 

 

qui perle à la surface de tout

comme au petit matin

la multiple et fragile incandescence de la

rosée…

 

Bernard Perroy

 

© – éd. du Petit Pavé – Les textes ci-dessus sont parus dans le recueil de Bernard Perroy, « Petit livre d’impatience » (éd. du Petit Pavé, juillet 2011).

 

*

Serge Nouailhat, également peintre et maître verrier, utilise ici la technique du fusing (ou thermo-collage) pur la création de ses sculpture en verre

(voir le lien de son site à la marge de droite de ce blog)

 

 

Brillent les mots comme perles précieuses dans l’eau de la nuit…

à Jean Hourlier,

L’homme et l’eau se rassemblent
pour une fête d’ombres
et de miroitements…

L’aube pointe son corps
d’ocre et de bleu,
de présence lumineuse
sur la surface du lac…

Mais qu’as-tu vu
qui traîne sa transparence
comme une buée fertile sur tes yeux ?

La nuit plus claire que le jour
caresse ton âme de son essaim d’astres
étoilant l’ébène du ciel…

Œuvre d’un mot peut-être dans ta chair,
d’un nom inaudible,
d’un sens par-derrière l’oreille
que tu ramasses par éclats, par éclairs,

comme ces poissons luisants
qui se vrillent et se tordent
dans le filet de ton poème
encore à peine sorti de l’eau…

Bernard Perroy

 *

Un mot sur Jean Hourlier…

La magie d’un horloger
de Bernard Perroy

(article paru dans « Le coin de Table » n°44, novembre 2010)

Jean Hourlier n’est pas de ce temps, et n’a jamais été de ce temps. Hors temps, Jean Hourlier ! Et pourtant le poète est immergé dans le flot d’une existence active (1) et son écriture vient déchiffrer l’or des jours en s’ouvrant paradoxalement à la nuit « digne de la clarté riveraine des ombres »…

Bienheureuse opacité…

Quand la seconde nuit a débordé ta nuit / Pour fabriquer du jour d’un excès de ténèbres, écrit-il dans “L’œil Définitif” (éd. du Petit Pavé, 2002). La poésie de Jean Hourlier est un chant à la fois sombre et éclatant, mariant les contraires pour mieux faire jaillir les contradictions et les contrastes de cette vie, et surtout pour nous faire toucher par les sens (toucher, lumière, musicalité du mot, etc.) cet “au-delà des sens” et cet “au-delà du sens”… Plus exactement, pour reprendre ses propres mots, « la poésie vise l’arrière-sens »… À propos de Jean Hourlier, Katty Verny-Dugelay écrit que celui-ci « souhaite accéder dans son cheminement intérieur, quel que soit “le cœur inaccompli !”, à une altitude de l’être » (2).

Chez Jean Hourlier, pas d’esbroufe, pas d’éclat, mais un fil tranchant : le couteau d’une écriture qui taille et façonne un diamant dur et froid auprès duquel l’âme s’échauffe, s’éveille, si elle était endormie ! C’est une écriture méticuleuse d’ébéniste « par le recueillement de ses encres noueuses ». Le poète, ici, ne cherche pas la facilité d’une clarté déployée trop rapidement ; il confie dans l’une de ses conférences (3) : « Trop de clarté tue l’illumination. » La résistance, l’opacité capiteuse de ses textes sont volontaires. Il les considère comme « une chance pour le lecteur (car) elles lui demandent sa collaboration active et inventive. »

 On cherchera toujours…

 Quand on “sort” d’un poème de Jean Houlier, on ne sait rien de plus, sinon qu’une vague d’étonnement, de vide, ou même de désarrois, mais aussi de “satisfaction” indicible, vient irriguer notre demeure intérieure, cette “Chambre impondérable” pour reprendre le titre de son dernier recueil (éd. du Petit Pavé, 2009). Quand on “sort” d’un poème de Jean Hourlier, on sait qu’on ne sait rien, qu’on ne sait pas, mais que l’on cherche, et que l’on cherchera toujours… « Errance » est ce vocable qui revient souvent dans l’écriture de ce grand silencieux, de cet homme respectueux d’autrui, homme d’une grande qualité d’âme et d’ouverture. Il dira : « Nous avons tous besoin de nous relier aux autres, à quelques autres du moins, par-delà les explications et les déploiements. » Et c’est un homme qui vit ce qu’il dit… Un homme aussi qui a une sainte horreur des frontières ou des “comblements” trop rapides, trop superficiels, que nous nous fabriquons souvent pour oublier ou fuir la fragilité et l’inachèvement de cette vie, nos manques et notre abîme…

Ce “chercheur” marche dans la vie avec ce constat lucide devant l’énigme :

Entraînée par les fièvres mourantes, la frêle
Vision s’exonère des vains ornements ;
Les brouillards de la nuit gémissent doucement
Les poisons, les marais, les larmes de leurs ailes…

La vie est un cadeau si difficile à vivre, à déchiffrer, à déplier, si paradoxal, si mystérieux, qu’on ne peut lui faire face qu’avec ce « chant bas et voilé » qui s’élève, implorant, « pour murer l’erratique errance de la foudre ». La poésie de Jean Hourlier est à la fois intime, lumineuse, sombre, angoissée, concise, ouverte, nue, mélancolique, implacable, musicale, inattendue, douloureuse, attentive… « Puis plus rien, que le Temps, dans le Temps, qui se traîne… »

 Faire œuvre de décantation…

Jean Hourlier, avec l’obstination, la précision de l’architecte, de l’horloger, du ciseleur, façonne ses quatrains dans une langue noble et savante, dans une gangue, un corset de beauté pour libérer curieusement le lecteur de la gangue des jours, et des nuits, et de tout ce qui vit en lui comme une enceinte, un mur, une question, un péril… Ses poèmes, une fois lus, nous renvoient aux questions, à l’énigme de la vie qui nous habitent, mais nous sommes alors “arrosés” et “nourris” de ces mots dont la puissance – du fait de la structure, de la concision, du vocabulaire et des sonorités – vient comme “rafraîchir” le coeur, et non pas faussement le “consoler”, le “rassurer” !

Le poète, agnostique, ne cache pas son amitié pour Maurice Courant (4), cet autre “chercheur”, chrétien, qui parle de l’écriture de Jean Hourlier en ces mots : « L’irrécusable et frémissante rectitude de son chant emporte spontanément l’âme en dehors d’elle-même et là où elle ne serait pas allée sans lui. » Jean Hourlier dira lui-même de sa propre démarche qu’elle est « la recherche d’une forme impeccable, susceptible d’agir comme un excitant psychique. » En pensant que « l’incantation est œuvre de décantation », Jean Hourlier revendique comme influences majeures de son écriture, Mallarmé et Valéry. Sa poésie dépouille, décape et « décante », effectivement, mais avec une “magie” qui s’opère, une harmonie des mots qui se laisse “infuser” dans la vie-même de nos âmes…

Notes

(1) Né en 1951 ; professeur de lettre modernes à Cholet ; a fondé l’association “Poésie à l’Ouest” ; a créé, et dirige depuis 2005, la Collection “Le Semainier” aux éditions du Petit Pavé.
(2) Dans la revue Arpa n° 97, octobre 2009.
(3)Sur la poésie”, conférence donnée à Cholet, le 1er mars 2001 (fait suite à “L’œil définitif”, éd. du Petit Pavé, 2002)
(4) cf la conférence-hommage à Maurice Courant, “Entre ténèbres et lumière” donnée en 2008 à Cholet dans le cadre de l’Association Poésie de l’Ouest

Bibliographie

- “Délaissement de la prose”, éd. La Bartavelle, 2000
- “L’Oeil définitif”, éd. du Petit Pavé, 2002
- “Près des Sources cruelles…”, éd. du Petit Pavé 2005
- “La chambre impondérable”, éd. du Petit Pavé, 2009

 -  © article paru dans « Le coin de Table » n°44, novembre 2010 -

 .

 *

 

couvchambreimpondrable.jpg

 

(voir, en marge de droite, les Liens : de Jean Hourlier, des éditions du Petit Pavé, de Maurice Courant)

 *

à notre ami Serge Wellens

Serge nous a quitté dimanche 31 janvier et fut enterré jeudi 4 février 2010, à Marans.

Voici un poème qui lui est dédié, ainsi qu’à Nathalie Billecocq dont l’arbre ci-dessous est l’une de ses oeuvres : on sait combien Serge aimait les arbres…


arbreprincier.jpg

Mon arbre princier…

.

Ô mon arbre princier
qui sais rester sobre sous tes habits de bruns
cachant tes champs de clarté
et la sage distance que tu prends,
d’un mot amusé,
devant la petite épopée du quotidien…

 .

Tu scrutes pourtant,
à l’intérieur du faible enclos de ton cœur,
le rythme pernicieux ou chamboulé du temps
et son couteau tranchant…

 .

Je te salue
dans l’ombre de ma chair et de ma chambre
à vivre et à écrire
puisque tel est le sens qu’il faut respecter
pour essayer de ne pas mentir…

 .

Je te prie de me mettre dans le flot
de ton flot, dans ce flot qui nous porte
et nous emporte,
et que je n’attende pas trop du jour
ni de la nuit,

 .

que j’aille plutôt sourire
et rendre hommage
à ce qui perle de mon regard bercé
par ces gouttes de neige lente ou de lait
ou de “je ne sais quoi”

 .

qui tombent, et tombent, et tombent,

 .

étoilant de tendresse la nuit
qui entoure cet arbre humble et fier
trempant ses racines dans un bain de lumière,

 .

cet arbre,
ô mon frère,
qui te ressemble…

.

Bernard Perroy

.

*

 




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