Un mot sur… Solomon Rossine

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Solomon Rossine, on l’aime ou on ne l’aime pas ! « Du déjà vu » diront les uns, « Trop de tristesse » diront les autres, tandis que d’autres encore trouveront dans l’homme et dans sa peinture un bouquet de tendresse et d’authenticité.

 

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« Un banc » (1984) de Solomon Rossine  © B. Perroy


Les accents d’une âme russe

Solomon Rossine travaille sans tenir compte de tout cela, ni des modes, ni des opinions, ni des avis multiples qui sévissent ça et là sur la beauté, sur l’art, sur « ce qu’il faut » pour être d’aujourd’hui ou de demain… Solomon Rossine suit son petit bonhomme de chemin, vrai homme, vrai peintre, obéissant à son cœur et traduisant la vie avec son lot de tristesses et de joies. Son œuvre, inévitablement, révèle les accents d’une âme russe, d’une âme slave… Ses œuvres renferment beaucoup d’humanité. Rossine possède, c’est vrai, un faible pour tout ce qui est pauvre et fragile… Pour les « petits » ou les « blessés de la vie »… Mais il s’appesantit nullement sur les difficultés de la vie pour elles-mêmes, comme on le trouve parfois d’une façon morbide chez certains artistes.

On en trouve un exemple admirable dans le personnage de « Ninon ». L’année de ses 20 ans, alors qu’il est étudiant aux Beaux-Arts de Leningrad (ancien nom de Saint-Petersbourg), Rossine fait entrer dans sa peinture une jeune étudiante répondant au nom de Lenina Nikitina. Cette jeune femme a beaucoup souffert (voir en fin d’article le survol de sa vie). Le personnage de « Ninon », comme il la nomme, s’impose au fil du temps dans l’œuvre de Rossine, jusqu’à devenir sa muse à laquelle il reste attaché, avec un regard d’amitié et de compassion, un demi-siècle plus tard (1).

arrêt de bus loin de Moscou,2010-197x142 c Bd Perroy« Arrêt de bus loin de Moscou » de Rossine, 2010  © B. Perroy

Éloge de la fragilité

Au-delà de « Ninon », les thèmes de Rossine, nous l’avons compris, sont avant tout des personnes de la vie courante tel ce « Brave homme » et de nombreux anonymes : l’un assis sur un banc, l’autre priant, un autre encore surpris à un arrêt de bus… Rossine multiplie ainsi ces scènes ordinaires comme des « instantanés » de vie, mais pour y montrer l’homme et rendre compte de la condition humaine en générale… Scènes anodines à vocation universelle… Pétrie de l’âme russe, l’œuvre de Rossine possède également en arrière-plan toute une dimension spirituelle : on voit une femme prier le soir dans sa cuisine, une autre femme avec une hostie à la main, une « vieille mourante », une évocation du jardin d’Eden, une évocation d’une « lecture sur la montagne », Etc.

prière du soir, 2007 - c Bd Perroy« Prière du soir » de Rossine, 2007  © B. Perroy


« Rossine peint la vie et la mort, les hommes, leur grandeur, leurs misères. En regardant ses œuvres, on serait tenté de penser à Chagall mais l’humanité de Rossine est autrement paradoxale, rapprochant l’artiste des Van Gogh, Bruegel et Goya. » Didier Benesteau

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Autrement dit, Rossine exprime le fait que l’homme possède une vie précaire sur cette terre, une vie éphémère, fragile, une vie qui souvent « dépouille », « simplifie », « dénude » tandis que nous ne sommes que des nomades ici-bas… Curieusement, dans cette œuvre qui pourrait parfois paraître « douloureuse » se cache une extraordinaire espérance. Le pauvre dépend de Dieu, radicalement… Mais laissons la parole à l’artiste lui-même : « Ce n’est pas tous les jours que le soleil brille en Russie. Un vent violent balaie les feuilles mortes, hurle dans les sapins, faisant naître à travers leurs cimes, telles les cordes d’un instrument, une mélodie aux vibrations menaçantes : c’est la fragilité. Elle est comme la beauté de tout ce qui nous est cher, tout ce qui bouleverse par son dénuement. »

 

Discerner la beauté des cœurs

Au fond, Solomon Rossine par toute son œuvre, mais aussi par l’exemple de sa vie, nous montre combien croire en Dieu mène indubitablement à croire en l’homme. L’artiste possède l’art de discerner la beauté du cœur humain, sa profondeur, sa dignité, ses désirs, ses attentes, même si toute cette aventure et cette richesse se trouvent souvent cachées, enveloppées dans un manteau de peines, de pauvreté ou de misère… L’écrin de cette vie, dans tout ce qu’elle a de vraiment incarnée, renferme une beauté, un trésor indescriptible : tel est finalement le thème récurrent des œuvres de Rossine…

(1) « Ninon le cœur pur » fut une très belle rétrospective des œuvres de Rossine proposée durant l’été 2010 à l’Abbaye Blanche (en Normandie) par Didier Benesteau (06 24 38 31 73), accompagnée d’un reportage et d’une galerie photos noir et blanc, sur l’artiste et sur « Ninon », du photographe Hervé Desvaux. En ce même lieu, Rossine a exposé en 2003 et 2006.


 p1040213.jpgSolomon Rossine  © Hervé Desvaux


Biographie

- Né à Gomel (Biélorussie) en 1937

- Etudie les arts plastiques à Leningrad et à Moscou entre 1955 et 1963

- Voyage à travers la Russie

- Participe à de nombreuses expositions (le plus souvent non officielles) à Leningrad, Tallin, Moscou

- En 1989, fait sa 1ère exposition en Occident

- En 1991, s’installe en France à Lannion (Bretagne) où il vit encore aujourd’hui.

p1040218.jpg« Ninon »  © Hervé Desvaux


L’histoire de « Ninon »

Elle a vécu toute sa vie à Leningrad. Durant le blocus commencé en septembre 1941, une bombe a détruit une maison voisine de celle de « Ninon ». Les vitres brisées chez « Ninon » étaient colmatées avec chiffons et contreplaqué. Ni électricité, ni eau. Un poêle, mais pas de bois !

Elles étaient trois : le maman, la sœur Lala et « Ninon ». Elles buvaient réchauffée dans une casserole de l’eau mélangée à de la colle forte. La maman est morte d’épuisement le 1er février 1942 alors qu’elle dormait dans le même lit que « Ninon ». Elle est resté ainsi morte dans le lit de « Ninon » durant 6 jours, sans que l’on prévienne personne, pour que l’on puisse encore, durant ces 6 jours, bénéficier de la carte de la maman permettant de recevoir une ration de pain…

Par la faim, « Ninon » est allé jusqu’à tuer son chat, « Tigrée » – un 25 avril 1942 – pour le manger. « C’était le jour de mon anniversaire ; j’avais 11 ans. (…) Pendant le blocus, j’ai appris sur moi-même, plus que je n’apprendrai pendant tout le reste de ma vie. »

Après le blocus, « Ninon » a vagabondé dans les hôpitaux, les maisons communales, les gares, avant de se stabiliser tour à tour dans deux studios. Elle a bénéficié toute sa vie d’une pension. « Ninon » a transformé son dernier studio, au centre de Saint-Petersbourg, en un « chenil » de 5 chiens et une multitude de chats qui y mangent et y dorment. « Ninon » les sert avec une grande fidélité.

Depuis ces 50 ans d’amitié avec « Ninon », Rossine dit d’elle, dans son propre Français : « Toute sa vie, elle a gardé dans le cœur quelques traits propre à Jésus-Christ, mais sans son prêche. Depuis mon déménagement en France, Ninon est devenue ma muse pitoyable. »

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(D’autres oeuvres de Rossine dans la catégorie : « Albums photos »)

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