Les étincelles… de François Cassingena-Trevedy

 

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(moine de Ligugé, poète)

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Les trois tomes de ses « Etincelles » nous enchantent par leurs aphorismes.

Ceux-ci rendent comptent des heures du jour et de la nuit, des saisons de l’âme, des paysages intérieurs et extérieurs. Ils sont écrits par « touches » tout au long de l’année liturgique, et de proche en proche nous éclairent…

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Un être libre… Abdellatif Laâbi

 

(prix Goncourt de la poésie 2009)

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« S’il y a une force évidente de la poésie de Laâbi, c’est qu’elle parle immédiatement, de l’intérieur, à celui qui l’accueille. La seule matière dont elle est pétrie, c’est l’humain qui n’est étranger à personne. Et c’est par cette proximité-là, et non au moyen d’un art qui n’a d’autre finalité que lui-même, qu’elle touche à l’universel. » Jean-Luc Wauthier

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Bois flottés…

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Nos yeux s’allument,

redeviennent les yeux de notre enfance…

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Sur le rivage meurent

nos mots d’homme :

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mourir comme l’on s’endort,

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le corps échoué

comme un bois mort,

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et l’eau circule, érode et sculpte à son aise

sur nos surfaces,

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les harmoniques du temps

ou ses escarpements,

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et toutes ces traces que l’on porte

avec soi,

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l’encens de l’âge qu’on offre

à la lumière du soir 

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et qui s’échappe tout doucement

depuis le fond de notre regard…

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Non,

ce n’est pas d’hier

ces moments

où les mots

semblent se dérober.

 .

La vie s’offre parfois

comme un cratère béant,

une absence,

un squelette d’espérance,

 .

et pourtant,

il reste toujours

dans nos entrailles

une révérence,

 .

pour la petite musique de l’eau vive…

 .

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© photos Emila Gitana

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Comme si…

 

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             peinture d’Aaron Hinojosa – @ Emila Gitana

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                                          à Cornélia Farcas,

Quel amour,

quel soudaine synthèse,

quel sommaire donner à une vie,

 

celle de son père

quand il vient de mourir ?

 

La nuit s’effondre sur vous,

le fil des souvenirs se déroule

comme une pelote folle,

 

la rive sur laquelle nous comptions

se dévide à l’infini,

 

même si l’on tâche de vivre,

d’heure en heure,

 

comme si…

 

Bernard Perroy

 

 

*

 

 

Du bout de sa lorgnette… Catherine Deher

 

 

Lamour de la lumière... de Catherine Deher
Album : L'amour de la lumière... de Catherine Deher
Catherine aime tant faire de la macro, mais retenons ici quelques vues prises au gré de reportages ou pour saisir la poésie des paysages...
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Un mot sur Gilles Baudry…


GILLES BAUDRY
ÉCRIRE COMME ON ÉCOUTE

par Bernard Perroy

— 

(article à retrouver dans la revue « Friches », n° 103, déc 2009)

Un mot sur Gilles Baudry... dans Articles B. Perroy SUR...© D.R.

« Une voix accordée au silence »

 Gilles Baudry, ce fut d’abord pour moi cette voix avenante et fraternelle que je découvris, voici déjà plus de quinze ans, au bout du fil… (téléphonique) ! Une voix qui s’accordait à merveille avec le titre du premier recueil que j’ai connu de Gilles : Invisible ordinaire (1). Oui, plus que les mots eux-mêmes, la voix véhiculait le fleuve d’une vie d’écoute, d’attention, portée par une curiosité insatiable, une quête, une passion, en même temps qu’elle s’écoulait tranquille dans les méandres d’un temps tout ordinaire : invitation à voir et à toucher la trame bien réelle de ce qui fait notre quotidien, invitation à toujours plus d’incarnation et d’humanité pour déceler en filigrane ce ‘je ne sais quoi’ qui provoque l’étonnement : Mais qu’est-ce qui fait battre le cœur immobile des roses ? (2)

Le moine bénédictin et le poète – que j’ai rencontré par la suite à l’abbaye de Landévennec – a toujours beaucoup de choses à raconter ; mais curieusement, tout se dit et se partage sous le sceau d’un Présent intérieur (3) – pour reprendre le titre d’un autre de ses recueils – qui donne à la voix sa qualité de silence… Un silence habité… Une voix confidente… Le poète, parlant de son écriture, affirme : « Dans le poème, la parole est une modalité du silence. La poésie est une voix accordée au silence, un chant-respiration de l’être né de l’écoute, de l’attention extrême. » (4) Rien ne presse… Nécessaire lenteur à qui veut vivre profondément l’instant présent et goûter la majesté des heures les plus quotidiennes (2), ou encore comment aujourd’hui l’air est si pur qu’il improvise (2). Invitation à la patience : Le temps repousse les avances de la hâte (1). De quoi affiner l’ouïe, le regard et le désir pour être dans cette disposition d’accueil ou de veille, en toute simplicité. Et l’on baisse la voix/ pour mieux se voir et pour apprendre/ l’humilité d’être homme (5).

Gilles Baudry fait partie, avec Philippe Jacottet ou Jean-Pierre Lemaire, de ce que Jean-Pierre Denis appelle les “poètes du murmure” (6). Ces poètes ont en commun une écriture discrète, intime, où « le sentiment d’un illimité donne sens à notre limite » (7). Dans la poésie de Gilles Baudry, loin des voix claironnantes et des grands mots, « Dieu, rarement nommé, se laisse deviner par une parole qui a intériorisé la lecture de la Bible » (6). D’ailleurs, pour Gilles Baudry : moine et poète, ce n’est ni un dualisme, ni un amalgame. Une double et unique tension plutôt vers une même direction (8).

  dans Articles B. Perroy SUR...© D.R.

« L’oreille aux sources » (9)

Quand on s’aventure dans un recueil de Gilles Baudry, on entre dans un pays/ où le secret est un bouche à oreille/ de la part des sources (5). Le lecteur, avec le poète, part à la conquête d’un “inaudible” qui vient se dire comme l’effleurement de la brise (1), et l’on devient le détenteur d’un rêve légitime/ qui demande où naissent les vents/ où meurt la mélodie de notre destinée (1). L’écriture, pour Gilles Baudry, n’est jamais un “acquis”, mais bien plutôt un chemin…

Gilles ne se considère pas comme le propriétaire de ses mots mais comme le dépositaire d’une parole (3), et plus précisément comme un artisan passeur de sève (1) : sève lente, invisible mais réelle et prédisposant, sous l’écorce, à l’éclosion de la vie… Il y a chez lui une intrication, une réciprocité fondamentale entre le visible et l’invisible, entre la pulsation des mots et celle de la vie dans son expérience concrète la plus authentique, comme l’atteste cet admirable aphorisme : Écris avec l’âme des mots, mais donne-leur ta propre chair (8).

Gilles Baudry fait ce va-et-vient permanent entre le ciel et la terre, l’éternité et la teneur de ces paysages confidents (3) que sont pour lui l’océan, le pouls des marées (2), les monts d’Arrée, la Brière, les îles comme Sein ou Ouessant, l’Aulne visible de sa fenêtre ou encore le désert du Neguev… Une poésie de l’ineffable qui s’entend à merveille avec l’art du détail, avec une écriture de libellule (2) qui s’attarde sur une odeur de mousse et d’humus (2), sur l’enluminure des fougères couleur renard (2) ou sur ce ciel d’octobre où tremble l’or fin des bouleaux (1). Une poésie de l’instantané – non de l’immédiateté – qui recèle dans le même temps cette interrogation : Que sais-tu de l’éternité/ sans ombre et sans rivage,/ de sa soudaine coulée d’or/ sur tes épaules brèves ? (1).

Une poésie ‘recto-verso’ : L’écriture des arbres aux gothiques jambages recèle à son verso une trouée d’extase, un guet-apens de l’invisible (10). Avec cet inouï du regard (10), Gilles Baudry observe, vit et jubile devant les jeux et le miel de la lumière (9) posée sur toute chose telle un battement intime entre l’aube et l’aurore (9). Le poète avoue : J’ai perdu pied dans la louange… /et quand m’étreint la joie/ entre ses hanches riveraines/ je m’en reviens/ au lieu de ma naissance (1). Et l’homme ici cultive l’émerveillement qui n’est pas une joie béate mais bien un émerveillement mûri par les épreuves, l’expérience du manque, de la brûlure de vivre (11) ou encore de la profonde fêlure du monde (2)… C’est donc une décision, prise non sans humour : Prendre l’habitude de ne pas s’habituer (8)

 couverture© D.R.

« Homme dont l’enfance reste inachevée » (1)

L’enfance… Non un vain mot, mais bien la conduite de celui qui va d’un pas de premier jour (1). Aimer nous dépossède./ Cette pauvreté nous irrigue (9) confie Gilles Baudry qui précise ailleurs : Mieux vaut que rien ne tienne entre nos mains… Ce qui nous serait retiré élargirait notre horizon (1). Être enfant, se faire léger (2), c’est ne plus rien avoir à retenir, c’est céder à cette haute folie/ d’aimer sa pauvreté (5), c’est trouver la force d’être sans défense (1). Le vieil homme, enfant devenu/ rira sans bruit sous son jour le plus vrai (5).

Cette attitude est en même temps pour Gilles Baudry le gage d’une fécondité, car elle engendre une ouverture à tout ce qui nous entoure, une ouverture à l’autre… et permet de s’enivrer de gratitude (10). L’autre sera ce peintre ou ce musicien que Gilles convie dans ses textes à la hauteur des émotions qu’ils engendrent, comme avec les couleurs de Zao Woo-Ki, Chagall, Turner… ou les notes fertiles de Sibelius, Th. L. Victoria, Bach, Satie, Dutilleux, Arvo Pärt… Sur fond d’éternité/ la musique n’est rien/ que ce frisson/ qui nous dépasse d’une épaule (2). Cette ouverture à l’autre forge également chez Gilles une prédisposition à la rencontre et à l’amitié, avec des poètes comme Manoll, Hélène Cadou, Anne Perrier, J.P. Lemaire, Sylvie Reff, Jean-François Mathé, Jean Lavoué, Pierre Gabriel, Serge Wellens, J.P. Jossua, Josette Ségura, Yves Prié, Jean-Yves Masson, F. Cheng, François Cassingena-Trévedy et bien d’autres…

Gilles Baudry constate que le poète est un homme ordinaire, mais à l’écoute… Selon lui, « il faut démystifier l’inspiration, la poésie, tout en leur accordant un espace : celui du mystère. L’important, c’est tout ce qui n’est pas dit. » Son écriture se garde de toute emphase, aime le blanc des marges. Il s’agit moins d’aligner des mots que d’en retrancher, mais en se gardant également de tout minimalisme. Humaine, son écriture respire le “tremblé” d’une vie réceptive à la signature d’un brin d’herbe (5) ou à un bruissements de cœur (2). Laissons encore à Gilles Baudry le mot de la fin : Comme affranchi des mots/ le silence te gagne// les mains tranquilles sur la table/ tu attends que la plume retourne à l’oiseau (2)

Bernard Perroy

Notes :
1 Invisible ordinaire, éd. Rougerie, 1995
2 Versants du secret, éd. Rougerie, 2002
3 Présent intérieur (précédé de Poèmes Choisis 1984-98), éd. Rougerie, 1998
4 propos recueillis par François-Xavier Maigre (‘La Croix’ du 21 février 2009)
5 La seconde lumière, éd. Rougerie, 1990
6 dans un article qui rassemble P. Jacottet, G. Baudry et J.-P. Lemaire (revue “Écritures”)
7 Jean Starobinski, Parler avec la voix du jour, préface à Poésie (1946-1967) de P. Jacottet, Poésie/Gallimard
8 La porte des mots, Aphorismes, éd. Rougerie, 1992
9 Jusqu’où meurt un point d’orgue ?, éd. Rougerie, 1987
10 Nulle autre lampe que la voix, éd. Rougerie, 2006
11 Il a neigé tant de silence, éd. Rougerie, 1984 (Prix Antonin Artaud 1985)


Enigme de l’air…

 

- texte de Jacques Ancet lu par l’auteur –

 

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 (accès à son site dans la liste ci-contre des « Liens auteurs, poètes… »)

 

Au gré des rues… de Bernard Perroy

 

Des rues pour sentendre ?.. Bd Perroy
Album : Des rues pour s'entendre ?.. Bd Perroy
Jérusalem:à la fois captivante et marquée par le drame d'un enjeu qui nous dépasse, celui du combat pour l'unité... Passer en témoin fraternel et désarmé...
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Spiegel im spiegel (Arvo Pärt)

 

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Ne serais-tu pas
l’hôte d’un pas
plus ancien que le nôtre,
 
témoin et source de l’élan
qui se fraie un chemin
parmi les herbes sauvages

et la fragilité des pâquerettes ?
 
Qu’as-tu à nous dire
qui passe avec la simplicité
d’un monde à basse échelle
 
habité par le froissement
d’un fouillis de verdure et de troncs,

d’un essaim étoilé de fleurs
plus blanches les unes que les autres,
tapissant le parterre du sous-bois,

d’un silence appris dans l’égrènement
subtile de notes frêles,
 
dans la fraicheur des ombres rasantes
et d’un monde à nos pieds
qui nous fait croître
en petitesse ?
 
Bernard Perroy

La vie majestueuse…

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Vallon de Polset – photo Cyrille Jalabert

Je ne te parlerai pas
de mort,
ni de nuit,

les mont s’élèvent

et leurs corps de rocailles
parsemés de verdures
suffisent pour nous rendre au message
de la vie majestueuse
qui souffle de partout,

depuis ces pentes
baignées de silence matinal
jusqu’aux demeures les plus secrètes
qui déploient dans nos coeurs
leurs paysages sans pareil…

Bernard Perroy

*

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