L’eau de tes yeux…


à René Guy Cadou, i.m., 
et à Hélène,

Tu ne fais pas semblant

et l’eau de tes yeux sait bien mieux

que ceux de ton âge

comme est grand le contenu, tout l’or

d’un instant,

comme il faut savoir attraper la joie, dis-tu,

qui se devine et se dit

même en pleine tourmente…

.

Ton coeur s’ouvre sur des mots d’allégresse

malgré la mort qui te taquine

à chaque instant.
.
Les eaux du fleuve 
apaisent tes pas

comme la fleur fragile de l’amitié

dont s’abreuve l’éclat de ta voix

qui passe par-dessus les années

pour nous parler sans masque.

 .

Bernard Perroy

*

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Une seule voix…

*

Pourquoi la mer

s’en va-telle parfois

de sa grosse voix

mugir ailleurs

comme s’il fallait

qu’elle se nourrisse de départs ?

.

Pourquoi la part en soi

qui flambe et naît

à chaque seconde

n’a-t-elle pas

pour tout le monde

la même voix ?

.

Pourquoi dans l’océan des voix

certains s’opposent

tandis que d’autres

entendent l’harmonie

qui perle au fil

des retrouvailles ?

.
Un peu de danse

et quelques notes

suffisent parfois

pour que s’unisse le monde

en un seul choeur

aux mille voix…

.

Bernard Perroy

1copiedep1000234001.jpgFr. Zacharie à Hébron – © B. Perroy

*

Tournée française
de « Une seule voix » en mai 2006 :

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Nava Téhila :

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(Fr Zacharie, catholique, fut le directeur musical d’un CD du groupe de musiciens juifs : « Nava Téhila ». Pour en savoir plus : article de B. Perroy dans « Feu et Lumière » n°280 – février 2009 /www.NavaTehila.org)

*

Cahier d’enfant… Andrée Chédid

Dans le « coeur du coeur », qu’y a-t-il ?

Il suffit d’aller chercher dans un cahier d’écolier…

 

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*

Par la bouche des enfants… René Char

 

René Char ?

Initiatique, hermétique, énigmatique ? à s’en faire plein de tics !?

Et si les enfants savaient mieux le « dire » que personne d’autre ?

Dans le flot qui sort de leur bouche, tout, curieusement, se simplifie.

Un chant, et se laisser bercer…

Fenêtres sonores, voix chantantes et profondes, à la fois si fragiles et assurées, au fil des mots, au fil de l’eau qui vient submerger les mots pour en faire des galets chantants…

 

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Notes perlées… de Sr Tsegué-Maryam Guébrou

Un curieux mélange de mélancolie et de gaité

de Bernard Perroy

 .

(© article de Bernard Perroy paru dans la revue Feu et Lumière n° 294, mai 2010)

.

Retirée dans un monastère de Jérusalem, Sr Tsegué-Maryam vient des hauts plateaux de l’Éthiopie où elle naquit en 1923… L’album “Piano Solo” reflète le génie de cette pianiste qui apprit le piano en Suisse alors que cet instrument était quasi inconnu dans son pays.

 .

En dépit de son âge, Tsegué-Maryam rayonne. Sa vie ne fut pas “un long fleuve tranquille” ! Une “errance” que l’on retrouvera d’une certaine manière dans ses compositions.

 

Parcours nomade

Elle est née d’un père qui fut l’un des fidèles diplomates de l’empereur Hailé Sélassié. Dès l’âge de 6 ans, avec sa sœur Senedou, elle s’envole en Suisse dans un pensionnat. À 10 ans, elle rentre en Éthiopie, mais en 1936, lorsque Mussolini occupe le pays, la famille Guébrou est déportée en Italie. Après la défaite italienne de 1941, elle s’installe en Égypte : « Au Caire, je jouais quatre heures de violon par jour et cinq heures de piano l’après-midi, sous la houlette d’Alexander Kontorowicz, un violoniste polonais. » En 1944, elle revient en Éthiopie : « L’empereur Sélassié fut très généreux. J’ai joué plusieurs fois au palais. » Mais elle va tourner le dos au protestantisme de son père, se convertit à l’orthodoxie et décide de se retirer du monde. Elle abandonne alors son prénom de naissance, Yèwèbdar, pour devenir Sr Tsegué-Maryam. Entrée nonne en 1948, mais de santé fragile, elle va renoncer à la rigueur du monastère éthiopien pour enseigner dans un orphelinat. Elle parle plus de six langues (anglais, allemand, italien, hébreu, amharique, guèze) et sera interprète durant 5 ans au secrétariat de l’Église orthodoxe éthiopienne, à Jérusalem. « Je me suis définitivement installée à Jérusalem en 1984 et je n’ai pas bougé depuis ! » Dans le monastère où elle se trouve désormais, elle joue du piano tous les matins « sauf le dimanche ! »

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.

Habitée et bouleversante

Le CD Piano Solo est une merveille (1). Il rassemble des œuvres anciennes ou plus récentes. En effet, entre 1962 et 1973, elle enregistre quatre albums devenus rarissimes. Sa musique est du “jamais entendu”. Comment définir cette œuvre fulgurante qui vient transpercer notre cœur ? Les compositions de Sr Tsegué-Maryam évoquent par moments, dans une couleur éthiopienne, les saynètes d’Erik Satie ou curieusement le jazz d’un Thelonious Monk ou d’un Bille Evans qui joua longtemps avec Miles Davis. Nous ne savons pas toujours où l’on va, dans ces mélodies égrenées comme des gouttes de pluies… « Frêle, habitée et bouleversante, la musique de Tsegué-Maryam Guébrou se nimbe d’une mélancolique gaieté » écrit Florent Mazzoleni (2). Doux mélange qui reflète à la fois l’errance – comme nous le notions plus haut – et une volonté d’airain de la part d’une femme qui aurait pu se contenter d’être la descendante d’une grande famille de lettrés, mais qui fut pianiste, compositrice, religieuse…

 

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 .

Aspiration au large

Dans cet album, Piano Solo, se trouvent réunis 16 morceaux dont l’un, “Mother’s love” (L’amour de ma mère), est composé à la mémoire de Kassaye Yelemtou, sa « très chère mère ». D’autres son dédiés à son père, à son frère mort durant la guerre contre l’Italie. Un autre est intitulé “The Song of the Sea (La chant de la mer) qu’elle commente elle-même, montrant combien sa vie d’errante l’entraîne à cette aspiration “au large” : « Écoutez… ses vagues vous emportent pour un voyage au loin… » Des pièces sont dédiées à Jésus, en son Agonie ou sur le Golgotha. Elle commente encore : « Il est mort pour que nous puissions vivre éternellement dans son Glorieux Royaume. »

 .

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.

Notes :
(1) C’est le vingt et unième volume de la série “Éthiopiques” créée par l’ethnomusicologue Francis Falcetto : ÉTHIOPIA SONG, Emahoy Tsegué-Maryam Guébrou – Piano Solo – Buda Musique
(2) Article dans “Le Monde 2” de mai 2007. Voyageur, journaliste, photographe. écrit sur les musiques populaires, l’Afrique et le Sud des Etats-Unis.

.

(© article de Bernard Perroy paru dans la revue Feu et Lumière n° 294, mai 2010)

 

Larmes nettoient et dansent d’amour…

Lachrimae

de John Dowland

(guitare et photos de Laurent Raynaud)

 

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*

Pourquoi vouloir tendre à plus haut

qu’un mot sorti du coeur

tel une larme ?

 

ô la musique de tes pleurs

qui chantent ta faim

et ce désir d’être davantage encore

parmi les bois

et les près

et tout ce qui réveille en toi

une harmonie perdue…

Tendre comme la pointe du clocher

vers le ciel

et se savoir si petit,

 

mais l’amour espère et chante encore

et toujours

et follement,

et vous chantez aussi

ô architectes du vent

qui ornez de pierres sculptées

vos murs et vos fenêtres !

 

Folle voix du vent

se mêlant à nos joies,

nos tourments,

à nos chants éphémères

qui pourtant font écho en nous

à ce qui, dis-tu,

ne meurt jamais…

Bernard Perroy

*

Comment ?

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Jérusalem  © B Perroy

 .

Comment dire ce lieu,

cette voix

ou son absence plutôt

se promenant dans le silence

à la faveur d’une brise légère ?

 .

Comment dire ce que l’on voit

réellement par les yeux

quand on ne peut faire

autrement

que de se remémorer

la scène d’une âme

confrontée au grand abîme

de toutes les âmes ?

 .

Quel chant

savoir à l’intérieur

de soi

quand siffle à nos oreilles

un bruit de fouet,

le signe toujours

d’un danger imminent,

 .

comme si la paix,

sous le beau vert cendré

de l’olivier,

ne pouvait être qu’une parenthèse ?

 .

Bernard Perroy

.

*

L’enthousiasme sacré de… Malel

Les cadeaux de la vie vus par... Malel
Album : Les cadeaux de la vie vus par... Malel
Le peintre Malel aime le vie et le Dieu de la vie qu'il perçoit et transmet à travers paysages, portraits, sujets imaginaires et “art sacré”... avec un bel enthousiasme !
12 images
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Jouer un moment avec toi…

J’ouvre les bras

J’ouvre les bras
à la mesure
de mon regard
vers toi qui sais
le visage en moi
que je découds

pas après pas,

que j’apprends
à recoudre d’heure
en heure
avec le fil décousu
de mon chant…

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À Goya – © Hannah Sidorowicz

*

Tout m’est ouvert

Tout m’est ouvert
autour
et au-dedans de moi,

et ce long train d’enfance
que j’entends passer
de la fenêtre,

passer dans le lointain
par derrière les coteaux
et le fleuve…

Tout m’est ouvert
que je découvre
à visage découvert
à la mesure
de mes étonnements,

de mon attente ardente…

Face à la vie

Face à la vie – © peinture de Malel

*

Je te cherche…

Je te cherche
et tu es pourtant le jour
qui me précède,

l’avalanche salutaire,
blanche lessiveuse du temps
détruisant mes chimères…

Je te cherche
dans les écluses,
les écumes,
les fontaines de mes mots,

partout où tu n’es pas,

tandis que tu m’adresses
un mots, un sourire
aujourd’hui
par l’enfant remuant près
de ma porte…

Vais-je te rabrouer
ou jouer un moment
avec toi ?

portraitsaimeeetlesmarmott.jpg

Aimée et ses marmottes – © Malel

*

Ce jour qui me précède

Tu es
ce par quoi j’ai vécu,

ce par quoi
je vis,

la main tendue,
l’île secrète,

l’apprentissage
de tous mes âges

et la demeure
de mes éblouissements…

Tu es
sur mon chemin

l’entre aperçu,
le jour nouveau,

la maison claire
de mon enfance…


**

Parmi les liens et articles proposés en marge de droite,

vous pouvez voir :
- à propos d’Hanna Sidorowicz : “Arrêt sur…” et “Album photos
- des oeuvres du peintre Malel dans “Albums photos »

**

Il y a…

 

Il y a ce feu,

celui des cabrioles,

des chevaux,

des gazelles,

des paons ailés,

des tourterelles,

de toutes sortes de mots

qui volent

et tourbillonnent

comme des mouches,

aux heures de grande chaleur,

sans trop savoir vers où aller…

*

Il y a l’accalmie

de la mer,

ces lieux

où l’horizon des yeux

n’a pas d’autre mouvement

à suivre qu’un chant

rempli de plaine, de fleuve

et de repos…

*

Il y a aussi ces jeux

de tendresse

que l’on ne se

raconte pas

mais qui parlent par le visage

ou par les gestes…

 

Bernard Perroy

    *

 pauline1.jpg

  Pauline – Terri  Rose

(pour en savoir davantage sur  la peintre Terri Rose, voir « Arrêt sur… » et « Albums photos »)

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