Notes perlées… de Sr Tsegué-Maryam Guébrou

Un curieux mélange de mélancolie et de gaité

de Bernard Perroy

 .

(© article de Bernard Perroy paru dans la revue Feu et Lumière n° 294, mai 2010)

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Retirée dans un monastère de Jérusalem, Sr Tsegué-Maryam vient des hauts plateaux de l’Éthiopie où elle naquit en 1923… L’album “Piano Solo” reflète le génie de cette pianiste qui apprit le piano en Suisse alors que cet instrument était quasi inconnu dans son pays.

 .

En dépit de son âge, Tsegué-Maryam rayonne. Sa vie ne fut pas “un long fleuve tranquille” ! Une “errance” que l’on retrouvera d’une certaine manière dans ses compositions.

 

Parcours nomade

Elle est née d’un père qui fut l’un des fidèles diplomates de l’empereur Hailé Sélassié. Dès l’âge de 6 ans, avec sa sœur Senedou, elle s’envole en Suisse dans un pensionnat. À 10 ans, elle rentre en Éthiopie, mais en 1936, lorsque Mussolini occupe le pays, la famille Guébrou est déportée en Italie. Après la défaite italienne de 1941, elle s’installe en Égypte : « Au Caire, je jouais quatre heures de violon par jour et cinq heures de piano l’après-midi, sous la houlette d’Alexander Kontorowicz, un violoniste polonais. » En 1944, elle revient en Éthiopie : « L’empereur Sélassié fut très généreux. J’ai joué plusieurs fois au palais. » Mais elle va tourner le dos au protestantisme de son père, se convertit à l’orthodoxie et décide de se retirer du monde. Elle abandonne alors son prénom de naissance, Yèwèbdar, pour devenir Sr Tsegué-Maryam. Entrée nonne en 1948, mais de santé fragile, elle va renoncer à la rigueur du monastère éthiopien pour enseigner dans un orphelinat. Elle parle plus de six langues (anglais, allemand, italien, hébreu, amharique, guèze) et sera interprète durant 5 ans au secrétariat de l’Église orthodoxe éthiopienne, à Jérusalem. « Je me suis définitivement installée à Jérusalem en 1984 et je n’ai pas bougé depuis ! » Dans le monastère où elle se trouve désormais, elle joue du piano tous les matins « sauf le dimanche ! »

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Habitée et bouleversante

Le CD Piano Solo est une merveille (1). Il rassemble des œuvres anciennes ou plus récentes. En effet, entre 1962 et 1973, elle enregistre quatre albums devenus rarissimes. Sa musique est du “jamais entendu”. Comment définir cette œuvre fulgurante qui vient transpercer notre cœur ? Les compositions de Sr Tsegué-Maryam évoquent par moments, dans une couleur éthiopienne, les saynètes d’Erik Satie ou curieusement le jazz d’un Thelonious Monk ou d’un Bille Evans qui joua longtemps avec Miles Davis. Nous ne savons pas toujours où l’on va, dans ces mélodies égrenées comme des gouttes de pluies… « Frêle, habitée et bouleversante, la musique de Tsegué-Maryam Guébrou se nimbe d’une mélancolique gaieté » écrit Florent Mazzoleni (2). Doux mélange qui reflète à la fois l’errance – comme nous le notions plus haut – et une volonté d’airain de la part d’une femme qui aurait pu se contenter d’être la descendante d’une grande famille de lettrés, mais qui fut pianiste, compositrice, religieuse…

 

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 .

Aspiration au large

Dans cet album, Piano Solo, se trouvent réunis 16 morceaux dont l’un, “Mother’s love” (L’amour de ma mère), est composé à la mémoire de Kassaye Yelemtou, sa « très chère mère ». D’autres son dédiés à son père, à son frère mort durant la guerre contre l’Italie. Un autre est intitulé “The Song of the Sea (La chant de la mer) qu’elle commente elle-même, montrant combien sa vie d’errante l’entraîne à cette aspiration “au large” : « Écoutez… ses vagues vous emportent pour un voyage au loin… » Des pièces sont dédiées à Jésus, en son Agonie ou sur le Golgotha. Elle commente encore : « Il est mort pour que nous puissions vivre éternellement dans son Glorieux Royaume. »

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Notes :
(1) C’est le vingt et unième volume de la série “Éthiopiques” créée par l’ethnomusicologue Francis Falcetto : ÉTHIOPIA SONG, Emahoy Tsegué-Maryam Guébrou – Piano Solo – Buda Musique
(2) Article dans “Le Monde 2” de mai 2007. Voyageur, journaliste, photographe. écrit sur les musiques populaires, l’Afrique et le Sud des Etats-Unis.

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(© article de Bernard Perroy paru dans la revue Feu et Lumière n° 294, mai 2010)

 

Larmes nettoient et dansent d’amour…

Lachrimae

de John Dowland

(guitare et photos de Laurent Raynaud)

 

Image de prévisualisation YouTube

 

*

Pourquoi vouloir tendre à plus haut

qu’un mot sorti du coeur

tel une larme ?

 

ô la musique de tes pleurs

qui chantent ta faim

et ce désir d’être davantage encore

parmi les bois

et les près

et tout ce qui réveille en toi

une harmonie perdue…

Tendre comme la pointe du clocher

vers le ciel

et se savoir si petit,

 

mais l’amour espère et chante encore

et toujours

et follement,

et vous chantez aussi

ô architectes du vent

qui ornez de pierres sculptées

vos murs et vos fenêtres !

 

Folle voix du vent

se mêlant à nos joies,

nos tourments,

à nos chants éphémères

qui pourtant font écho en nous

à ce qui, dis-tu,

ne meurt jamais…

Bernard Perroy

*

Comment ?

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Jérusalem  © B Perroy

 .

Comment dire ce lieu,

cette voix

ou son absence plutôt

se promenant dans le silence

à la faveur d’une brise légère ?

 .

Comment dire ce que l’on voit

réellement par les yeux

quand on ne peut faire

autrement

que de se remémorer

la scène d’une âme

confrontée au grand abîme

de toutes les âmes ?

 .

Quel chant

savoir à l’intérieur

de soi

quand siffle à nos oreilles

un bruit de fouet,

le signe toujours

d’un danger imminent,

 .

comme si la paix,

sous le beau vert cendré

de l’olivier,

ne pouvait être qu’une parenthèse ?

 .

Bernard Perroy

.

*

L’enthousiasme sacré de… Malel

Les cadeaux de la vie vus par... Malel
Album : Les cadeaux de la vie vus par... Malel
Le peintre Malel aime le vie et le Dieu de la vie qu'il perçoit et transmet à travers paysages, portraits, sujets imaginaires et “art sacré”... avec un bel enthousiasme !
12 images
Voir l'album

Jouer un moment avec toi…

J’ouvre les bras

J’ouvre les bras
à la mesure
de mon regard
vers toi qui sais
le visage en moi
que je découds

pas après pas,

que j’apprends
à recoudre d’heure
en heure
avec le fil décousu
de mon chant…

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À Goya – © Hannah Sidorowicz

*

Tout m’est ouvert

Tout m’est ouvert
autour
et au-dedans de moi,

et ce long train d’enfance
que j’entends passer
de la fenêtre,

passer dans le lointain
par derrière les coteaux
et le fleuve…

Tout m’est ouvert
que je découvre
à visage découvert
à la mesure
de mes étonnements,

de mon attente ardente…

Face à la vie

Face à la vie – © peinture de Malel

*

Je te cherche…

Je te cherche
et tu es pourtant le jour
qui me précède,

l’avalanche salutaire,
blanche lessiveuse du temps
détruisant mes chimères…

Je te cherche
dans les écluses,
les écumes,
les fontaines de mes mots,

partout où tu n’es pas,

tandis que tu m’adresses
un mots, un sourire
aujourd’hui
par l’enfant remuant près
de ma porte…

Vais-je te rabrouer
ou jouer un moment
avec toi ?

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Aimée et ses marmottes – © Malel

*

Ce jour qui me précède

Tu es
ce par quoi j’ai vécu,

ce par quoi
je vis,

la main tendue,
l’île secrète,

l’apprentissage
de tous mes âges

et la demeure
de mes éblouissements…

Tu es
sur mon chemin

l’entre aperçu,
le jour nouveau,

la maison claire
de mon enfance…


**

Parmi les liens et articles proposés en marge de droite,

vous pouvez voir :
- à propos d’Hanna Sidorowicz : “Arrêt sur…” et “Album photos
- des oeuvres du peintre Malel dans “Albums photos »

**

Il y a…

 

Il y a ce feu,

celui des cabrioles,

des chevaux,

des gazelles,

des paons ailés,

des tourterelles,

de toutes sortes de mots

qui volent

et tourbillonnent

comme des mouches,

aux heures de grande chaleur,

sans trop savoir vers où aller…

*

Il y a l’accalmie

de la mer,

ces lieux

où l’horizon des yeux

n’a pas d’autre mouvement

à suivre qu’un chant

rempli de plaine, de fleuve

et de repos…

*

Il y a aussi ces jeux

de tendresse

que l’on ne se

raconte pas

mais qui parlent par le visage

ou par les gestes…

 

Bernard Perroy

    *

 pauline1.jpg

  Pauline – Terri  Rose

(pour en savoir davantage sur  la peintre Terri Rose, voir « Arrêt sur… » et « Albums photos »)

Un mot sur Terri Rose…

Portraits de Shoah
par Bernard Perroy

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© article paru dans le mensuel « Feu et Lumière » n°259, mars 2007

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Terri Rose a peint 37 tableaux intitulés Portraits de Shoah. Ils nous transmettent ce que l’artiste porte sans doute en elle de plus profond. Ils viennent nous rejoindre dans ces mêmes profondeurs où tout se décide, d’abord pour nous-même, mais aussi pour l’humanité…

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Shlomo, Vania, Sal et Mendel – © Terri Rose


Terri est née aux U.S.A. d’une mère juive aux ascendances autrichiennes et d’un père polonais immigré. Elle se souvient de son enfance marquée par une pesanteur, une lourdeur, non forcément exprimée… « Plus tard, dit-elle, j’ai compris tout l’héritage de ce poids dû au passé de ma famille dont beaucoup sont morts dans les camps de concentration. »

.

Une immense boîte

Terri se met alors à enquêter sur sa généalogie ; elle regarde sur internet le Yiskor Book (Yiskor : prière pour les morts). « Je n’ai rien trouvé sur ma famille, dit-elle, mais j’ai découvert tous ces milliers de noms défilant sur l’écran… ». Un déclic s’est fait en elle : « Ce ne sont pas seulement des noms ; derrière ces noms, c’est le mystère de vies entières ! » C’est comme cela que des visages lui sont apparus en imagination : « En peignant, c’était comme si des gens avaient envie de venir et venaient !… Ces visages ont chacun leur histoire. » Mais Terri insiste pour dire que ces portraits sont tous imaginés et qu’elle ne s’est appuyée sur aucun document, aucune photographie ; seulement sur ces listes interminables de prénoms.


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Le départ – © Terti Rose


Elle sort une immense boîte, comme une boîte d’anciennes photos ou de chocolats ! Elle en sort délicatement un premier portrait emballé dans du papier fin, puis un autre… et les commente tour à tour : « Celui-là, c’est un rabbin, un résistant ! (…) Olga, c’est une Russe (…) Ça c’est un couple qui se dit au revoir (…) Esther, dans la chambre à gaz, se déshabille, un peu pudique, car elle est tout de même jeune, elle a honte en même temps qu’elle se sait belle : c’est un moment ambigu… ». Et l’on découvre ainsi, avec beaucoup d’émotion : le voleur de pain, Alex le violoniste, le Muselmann (terme des camps pour désigner les gens devenus comme des morts vivants : « Ils sont là de corps, mais leur esprit est déjà un peu parti »). Et puis, il y a cette petite fille d’Auschwitz ou des tableaux manifestant la violence reçue, la peur, la faim, la honte ou la solitude, avec cette tête penchée, repliée comme sous le poids d’un immense fardeau… La couleur bleue – « rare chez moi ! » précise Terri – confirme l’intensité du sentiment…


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La solitude – © Terri Rose


Des êtres à part entière

« J’ai ici une façon de peindre que je n’avais pas avant. » Terri s’adonnait alors à quelque chose de plus “design”, laissant moins de place au sentiment. De ces Portraits de Shoah – représentant parfois des situations extrêmes – se dégage beaucoup de gravité, mais il n’y a jamais rien de morbide. Ce sont des regards intenses, percutants, sur des visages souvent décharnés, dans lesquels subsiste malgré tout une étincelle de vie. Pour Terri, ces portraits ont été un moyen d’exorciser ce passé si lourd, d’en parler, d’être apaisée.


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Le Ghetto – © Terri Rose


Terri parle d’Ana, d’Élie, de Chaïm, de Babouchka, de Shlomo… comme si elle les connaissait, les aimait. Ils sont devenus à ses yeux des familiers et des personnes à part entière ! On retrouve par exemple Alberto par deux fois : Il deviendra fou ; Vania revient également dans un autre tableau : Il survivra au camp… Pour Terri : « Le grand artiste, c’est le Créateur qui transmet le beau avec tant d’amour et qui n’est pas dans ce que les hommes ont fait de lui !.. Et je me sens comme un outil vis-à-vis de cela. » L’artiste a la satisfaction d’avoir fait ici une œuvre importante pour elle-même avec ce sentiment d’avoir vécu “le grand rendez-vous qu’il ne fallait pas rater ! »


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Lever du jour – © Terri Rose


Au-delà du caractère purement personnel de l’œuvre, ce travail est devenu un “outil pédagogique” (1). Dépassant toute idéologie, culture ou religion, Terri désire œuvrer pour la paix : « Je souhaite que mon travail ne soit pas une iconographie de la tristesse, mais un véhicule vers une vraie réflexion sur la condition humaine pour les générations à venir… ».

**

(1) Portraits de Shoah est une exposition itinérante (non à vendre) qui s’adresse – à la demande – à tous : scolaires, galeries, lieux de culte de toute religion, autres… (Tél. 02.41.95.50.02. / 06.77.49.86.05.)

**

Biographie succincte

- Née à New York en 1962, vit en France depuis 1982 ; mariée, mère de deux enfants ; fût élève au Hight School of Art and Design et à l’Adelphi University de N.Y.C. ; voyage ou séjourne en Israël, Afrique, Europe…
– À Paris, exerce jusqu’en 1994 dans les métiers de la publicité et du décor de théâtre, puis décide de se consacrer exclusivement à la peinture ; s’installe en Anjou.
– Travaille souvent sur des séries : « Les natures mortes” (sur toile), “Portraits de Shoah” (sur carton), “Les nus” (monochromes). Travaille actuellement sur une série de paysages…


© article paru dans le mensuel « Feu et Lumière » n°259, mars 2007
(voir en marge à droite dans « Albums photo dans « Albums photos« )

En chemin…

 

*

Souris

à l’incendie

qui te dévaste

et te rehausse

à la fois...

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.

*

Ouvre

en toi

la fenêtre

 .

et regarde

affluer

la lumière

de partout

 .

et bois

ce qui peut

d’heure

en heure

 .

te rendre

à la joie…

 .

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.

*

Viens

et parle

et chante

et danse

dans la lumière…

.

Accueille ce qui te parle

depuis un horizon

ou un visage…

.

Marche,

marche,

marche…

.

Le feu

de ton regard

se laissera

porter

 .

par l’éclat

ou le baume

d’un

coin de bois

ou de chemin

bercés

par une fraicheur

d’aube…

 .

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.

 peintures © Dominique Hanquart – voir Albums photos

.

 *

Le chemin des surprises…

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Hamid Tibouchi
Serie Toughra à la trace, 2003

Technique mixte sur papier et carton, 40X30cm

 .

 *

 deux poèmes pour Hamid Tibouchi,

.

Rien n’est pris au hasard,
la route mène
là où tu chantes en toi
ce petit morceau
d’attente ou de fureur…

.

et prendre alors,
détour après détour,
le chemin des surprises
les plus ordinaires,

.

puisque tu aimes ces flots
et leur bruit
au passage
caressant ton oreille…

.

*

.

Sur la plus haute branche

un ciel désormais vient, s’épanche, transfigure le creux
de nos regards blessés…

.

Le miel s’écoule
aux rayons d’or,
miel du ciel
sur nos épaules brèves,

.

le temps d’apprendre
à sourire du peu
que l’on pressent
des mots, des branches,
des pas d’un enfant
lorsqu’il s’émerveille
en se frayant un chemin
dans le jardin des peines et des couleurs…

.

Tout vient apprivoiser
notre attente,

que vivent nos yeux,
nos refrains, nos étreintes,

que roule la perle du temps
sous nos doigts d’apprentis,

quand vivre toujours davantage
nous éduque lentement à mourir…

.

Bernard Perroy

*

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*

Pour connaître davantage le peintre et poète Hamid Tibouchi, voir Lien en marge de droite)

 

 

 

 

Juste te dire…

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fruits à Noirmoutier © Jef  Aerosol

.

Juste te dire

la pause

ou l’enfance d’un mot

soudain

qui vient

perler sur le bord

de tes lèvres…

 .

Jus citron

ou autres fruits du vent

soufflant toujours

où l’on voudrait

secrètement

protéger ce petit univers

d’inquiétude ou de rêve…

 .

Et la parole danse

avec ce peu

des petits jours tranquilles

dont la rareté

nous exaspère,

 .

nourrissant

dans le même temps

l’ardeur

de notre quête…

 .

Bernard Perroy

*

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